mercredi 14 janvier 2009

Kantaro, l enfant du vent du nord...

北風小僧の貫太郎 (kitakaze kozou no kantarou ou encore Kantaro, l enfant du vent du nord) voila la courte chanson que j ai en tete depuis ce matin quand je regarde par la fenetre de mon appart tokyoite...

samedi 10 janvier 2009

お食事の時間, L heure du repas...

"L heure du repas" (oshokuji no jikan), voila ma derniere grande trouvaille en matiere d expression de la solitude pathetique a la japonaise.
Je savais les japonais peu doue en matiere de communication (exemple1: il ont, entre autres, invente le badge a mettre sur son sac lorsqu on est enceinte pour ne pas avoir a dire aux gens de laisser leur siege dans le metro, pour ne pas avoir a parler a voie haute dans un wagon relativement calme. Exemple 2: Le mois dernier, une pub passait aux heures de grande ecoute vous enjoignant a vous exprimez quand vous n avez pas besoin de sac plastique lorsque vous allez faire vos courses a la superette...) et je savais aussi que beaucoup de jeunes japonais passant leur vie dans l entreprise n ont pas le temps de se construire une vie prive. Mais a ce point c est incroyable.
Ainsi cette belle chose quelque peu anecdotique depeinte ici aujourd hui est en fait un DVD assez populaire selon mon entourage qui vous permet de ne plus manger seul chez vous.
Le concept est d humaniser la tele pour ne plus, apres avoir passe 16heures au boulot, se retrouver seul a manger son riz froid dans son appartement vide.
Le DVD est donc un long film montrant une jeune fille (ou jeune homme selon la version) attablee face a la camera, creant l illusion d une discution avec vous, pendant laquelle elle mange avec vous, vous flatte, vous demande comment s est passe votre journee, etc. Il y a plusieurs filles proposees (il en faut pour tous les gouts!) et plusieurs sequences de repas. La vie n est elle pas belle ainsi?

La phrase d accroche ecrite sur la jacquette: Avec ce DVD vous ne serez plus triste en mangeant seul(e) a la maison...



35 euros le DVD, merci oshokuji no jikan...

mercredi 7 janvier 2009

Affichistes humoristes...

Incroyable! Voila que les Japonais se mettent a utiliser l humour pour rappeller aux utilisateurs du metro l existence du savoir vivre. Eux qui sont normalement si conservateurs, rigides et sentencieux...
L experience fait partie d une campagne qui fut mise en place au debut de l annee derniere utilisant a son depart des affiches bien plus classiques au ton simplement lourd et reprobateur. Puis voila qu en aout les affiches commencerent a perdre leurs solennite pour s evader sur des sentiers peu battus mais bien plus parlants. Je vous devoile donc mon top 5 glane dans l immensite du metro Tokyoite:








Mentions speciales pour le golfeur du dimanche et pour le lecteur desabuse de l affiche numero 2...

jeudi 1 janvier 2009

あけましておめでとうございます

Apres une soiree arrosee comme il se devait je fais un detour par la toile pour vous exprimer tous mes voeux de bonheur pour cette annee.

Excellente annee a tous.

mercredi 31 décembre 2008

Fin d annee et vengeance artistique


2008 s acheve d ici quelques heures et me voici resolument tourne vers l avenir, vers mon avenir, vers les bons augures de 2009...
En attendant de plus amples explications je vous souhaite une bonne fin de preparation du reveillon et appreciez, vous les metropolitains, la chance que vous avez de pouvoir consommer si facilement du fois gras...

Illus: Georges Bigot (1905)

mardi 11 novembre 2008

Ouzbekistan, denouement



Samarkand:

Nous consacrons notre mardi a la visite de la ville. Les sites religieux ancestraux, les mausolées de grands rois oubliés, de philosophes occultes, de dauphins décédés de malemort, de femmes splendides, jalousement et pieusement aimées, les écoles coraniques et autres glorieux lieux immemorés sont légions dans cette ville séculaire innondée de soleil et baigne de sable céleste.

Le mausolée de Guri Amir:
Grande porte d entrée sur la cour du mausolée assez massive, toute mosaiquée dans des tons bleus et blancs. Le linteau est en cours de rénovation. L enceinte extérieure purificatrice est détruite, seuls restent la chambre funéraire et quelques couloirs adjacents. Le plâtre neuf de ces corridors contraste grossièrement avec la finesse des motifs infiniment détaillés des fresques intérieurs bleues et or de la chambre mortuaire. 5 sarcophages au centre de cette pièce carrée surmontée d une profonde coupole chamarrée d arabesques étincelantes. 4 alcôves pour la méditation et la prière.
Nous ressortons par une petite poterne derrière la chambre et apprécions le riche bleu turquoise du dôme extérieur.

Mausolée de Luhabade:

Murs de la cour extérieure en bon état, pour mieux cacher la décrépitude du lieu.Quelques boutiques occupent d anciennes pièces percées a même les murs, l enceinte du fond n existe plus, le mausolée principal est en ruine, la pierre brune est a nue. Impossible de pénétrer le lieu. Peu d intérêt.

Le Registan, 3 madrasahs (école coranique):

Une place carrée circonscrite sur trois cotes par de gigantesque portes (iwan) donnant chacune sur une cour ombragée par un jardin central. Les murs des cours intérieurs renferment les lieux d habitations des élèves, une simple chambre nue au mur de chaux. Une pièce légèrement plus grande que les autres dotée d une cheminée et de quelques étagères était attribuée au professeur. Les cours se donnaient dans la plupart des cas dans la chambre du professeur. La porte y est basse et les murs épais pour favoriser une isolation salvatrice pendant l écrasant été et l effroyable hiver sibérien qui recouvre cette partie du monde.
Désormais tout est habité par des vendeurs de souvenirs enlaidissant l aura du monument mais le gratifiant de couleurs éclatante et lui redonnant vie.
Chaque cour a sa spécificité:
A gauche de la place, dans la Madrasah d Ulugh Beg:
Une des plus grande université coranique du 15eme siècle, les murs protègent des dortoirs, une petite mosquée et originellement 4 darskhonas (salle de lecture). Deux élégants minarets domine le spectacle. De chaque cote de la cour, pour répondre a la résonance de l Iwan principal, un autre Iwan mosaïquée harmonise l ensemble. L un d eux contient un ensemble de statues représentant Timour (1er roi de Samarkand de la dynastie des Timourides, initiateur d une grande Samarkand artistique et culturelle), ses conseillers et Ulugh beg, grand astronome et mystique, fondateur de l école. L obligatoire barbe et les turbans identiques les rendent inidentifiables. Les seuls positionnement nous transmettent leur statut social et nous apprennent leur identité.

Au centre, la madrasah de Tillya-Kori:
Élevée au 17 eme siècle, elle imite parfaitement l architecture de la madrasah d Ulugh Beg. A l intérieur, sur le mur de droite, une ouverture béante appelle le fidèle a se recueillir dans une mosquée aux fines enluminures bleu et or. La coupole de 20 mètres environ est un superbe océan outremer nuancé de flavescences de vieil or.
La frondaison du jardin intérieur nous offre de larges étendues ombragées. L air y est frais, protégé et épuré de cet implacable sable habituellement viciant l atmosphère de la ville. Nous nous y reposons et discutons avec un Ouzbek anglophone et érudit. Il nous conte l histoire du lieu, du pays, les faits et légendes célèbres de Samarkand et de la grande dynastie des Timourides. Nous y apprenons entre autres que la place du Registan était autrefois tristement célèbre pour les empalements qui y avait lieu. Le nom de la place vient d ailleurs de l adjectif "ensablé" en Perse, car des monceaux de sable y était déversés pour absorber le sang des condamnés ruisselant sur le marbre...

A droite, Madrasah de Sher-Dor
Bâtie au même moment que celle de Tyllia Kori, l iwan principal est célèbre dans le monde mahometan car surmonté d une blasphématoire représentation de créatures vivantes (ici un tigre, un soleil et une biche), sujet rigoureusement interdit sur tout édifice religieux musulman.
Le bâtiment est lui en cours de reconstruction. Beaucoup de ruines. Mosaïques non achevées.

Mosquée Bibi Khany:

Après déjeuner nous nous dirigeons vers cette titanesque mosquée. Les murs extérieurs sont en bon état si l on les compare a l intérieur. En effet les autorités se sont concentres sur la reconstruction apparente de l édifice. Ainsi la Grande porte, démesurée, pour accéder a la cour intérieure est belle, achevée, colorée, mosaïquée, lourde.
Le jardin est grand mais pauvre. Autour rien. Le bâtiment principal est impénétrable et tremble dans ses proportions dantesques faussement harmonieuses. Les mosaïques ne font que rajouter une charge inutile a l ensemble. Les deux édifices a droite et a gauche de l entrée ont visiblement brulés et les peintures premières transpirent a peine des murs noircis. Deux ouvriers esseulés s attache a la rénovation du site.

Bazar:

Il y a la plus de monde, de cris, d odeurs que dans le reste de la ville. Moins grand que celui de Nukus. il offre aussi moins de dépaysement. L odeur méphitique des ordures en putréfaction dans les caniveaux nous fait fuir.

Nécropole coranique royale du 11eme au 16eme siecle Shah i Zindeh

Au sortir d un escalier hautement symbolique, une vingtaine de mausolées alignés et se faisant face forme une rue d architecture édénique. Les tombeaux se renvoient leurs harmonies endommagées. Une série de princes, princesses, reines et rois offrent a l intéressé les merveilles de leurs dernières demeures éternelles.
L éblouissement est bleu, constant, profond, serpentin, divin et historique. La magie des milles et une nuits anime cet intraduisible paysage.

La vieille ville.
Nous rejoignons notre hôtel en nous échappant des artères principales et en outrepassant l obscénité affichée des murs cernant la ville pauvre et cachant la réalité au touriste béat.
La vieille ville est crasse, abandon, vie et joie. Les enfants comme les gérontes nous apostrophent dans le seul anglais qu ils connaissent: Where are you from? Ils veulent parler communiquer, échanger mais notre méconnaissance du dialecte local est trop parlante et après quelques sourires confus et quelques dialogues absurdes nous reprenons l exploration de ces bas fonds. Les maisons sont de brique, sans isolation apparente, les trous dans les murs sont légions et les cadres des fenêtres ne se fondent pas dans l ossature des maisons. Les rues sont par endroits goudronnées, sinon de terre, totalement laissées a l abandon. Les crevasses se joignent aux mondrains pour empêcher toute voiture de pénétrer ce quartier perdu si opposé a la richesse antique exposee a l extérieur.
Beaucoup de charme humain et d exotisme morbide.

Après le diner repos sur un banc place du Registan. Rencontre de locaux, beaucoup d enfants et de rires aux éclats partages. 2 heures de bonheur oublieux de l incompatibilité de nos idiomes.

Le lendemain sonne le glas de notre trop court périple ouzbek. Retour en train a Tashkent. Manquons de rater l avion pour Athènes du au fanatisme sécuritaire exacerbant et incompréhensible des douaniers et policiers ouzbeks avant l embarquement.
Arrivée a Athènes a 19h00. Nous descendons a l hôtel Delta, hôtel au charme désuet, rustique et modeste pour un prix convenable.
Sitôt pris possession de la chambre, nous nous endormons écrasés par le poids des kilomètres engloutis et des souvenirs magnifiquement glanés.

vendredi 31 octobre 2008

Ouzbekistan acte 4



Dimanche, ruee sur Samarkand, asile temporaire de l illustre Omar Khayyam.

Arrivee a Tashkent a 14h10. Negociation rapide et efficace avec un taxi qui nous emmene au point de rendez vous de tous les voyageurs du pays qui souhaitent economiser leurs precieux Soums: la gare de Sabir-Lahimof ou s organise un monstrueux covoiturage national. Nous y parvenons bientot et trouvons un chauffeur apres cinq minutes de palabres desordonnees en anglo-ruso-ouzbek au coeur d une foule compacte, rageuse et incomprehensible... Nous nous installons dans la voiture et attendons le dernier co-voyageur. Nous sommes deja 4 avec le chauffeur. Peu de temps apres, un ouzbek puissant et affable me demande tranquillement de lui faire de la place. Il s installe avec son fils d environ 7 ans sur les genoux... Notre voyage de 281 km jusqu a Samarkand s effectuera donc a 6 dans la petite coreenne a moteur a gaz (comme la plupart des transports ici, l Ouzbekistan etant un producteur important de gaz naturel)
Le depart est a peine prononce que deja nous regrettons ce moyen de transport tres economique (20 dollars). Dans le premier virage le chauffeur lache le volant, fait une priere paienne et accelere pour rentabiliser sa journee. Je le soupconne de faire 2 ou 3 fois l aller-retour par jour.
Notre conducteur aime la vitesse et aime eprouver son destrier moderne. Il doit connaitre l'histoire de son pays et la fait sienne. Il charge comme a pu le faire, 15 siecles plus tot, Alexandre le Grand. Samarkand est deja notre... Notre inconfort spartiate ainsi que notre peur visible et audible le confortent et le font sourire.
Il est conquerant, temeraire et ne s offusque pas du surpoid dans le vehicule qui le fait devier a chaque virage trop serre. La surcharge lui donne meme des ailes plombees, le fait courrir ventre a terre sur le bitume defonce d une nationale qui n est qu un enorme nid-de-poule...
L epreuve dure 3 heures. Le paysage est mediterraneen au sortir de Tashkent et me rappelle une antecedante traversee d Espagne. Peu de depaysement.
Apres 2heures de route les plaines et collines symboliques des paysages mongoles font leur apparition sous nos roues. Le tableau est mou, mouvant, ocre, vide de vegetation; fascinant.



Samarkand:

Nous arrivons directement sur la grande place de la ville, le Registan, symbole dantesque de l architecture coranique ouzbek du 15eme siecle.
Trois batiments oblongs se font face sur trois cotes d une grande place carree. Tous dotes d une titanesque porte mosaiquee (Iwan), a droite comme a gauche ils sont dote de deux minarets elances disposes symetriquement autour de la porte centrale pendant que celui qui nous fait face est surmonte sur sa gauche d un dome d un bleu turquoise imaginaire.
Le tout est sublime, indicible. L impression qui me gagne transcende ma raison, regardant les trois harmonieuses portes se devetir de leurs secrets esthetiques je sens monter du fond de moi un sentiment de bonheur solennel. Les coups d oeil et de passion nous suffisent pour ce soir et allons chercher un hotel. Nous le trouvons 500 metres plus loin, dans une rue sans bitume. Le proprio est un Ouzbek rustre mais jovial, chaleureux. De la terrasse de notre chambre nous apercevons la silhouette incandescente des mosquees surplombant la ville de leurs interminables et gracieux minarets.
Diner delicieux dans une taverne locale particulierement animee. Un mariage est celebre un peu plus loin, dans un restaurant occidental. La musique couvre nos paroles, les invites sont legions, les femmes portent des habits d or et de rubis et me font penser a ces chameaux couverts de piastres d or que l on exhibait au cours de ces memes noces il y a 2 siecles...
Le mariage semble tres europeanise. La blanche mariee a la peau cuivree.
















mercredi 29 octobre 2008

Entracte



Voila, mon salon s est equipe d un tapis anti tache de vin. (bien plus efficace que le beige precedent...)
Avis donc aux amateurs desireux d etre les prochains a vouloir en profiter.

lundi 27 octobre 2008

Ouzbekistan, suite (2)



Vendredi 2 Aout: Mer d Aral, Port de Mouinaku:

Nous sommes sur la rive de ce qui fut un littoral inmmensemment riche. Desormais pratiquement tarie, la mer etait vitale pour Mouinaku, port legendaire pour ses peches miraculeuses il y a encore quelques decennies, ainsi que pour des centaines d autres plus petits villages pecheurs ici en Ouzbekistan ainsi qu en face, au Kazakstan. Dorenavant isolees et sans ressource, les menages ont eclates. Pour subvenir aux besoins de leurs familles, les hommes ont dû emmigrer vers le Kazakstan, actuellement en pleine croissance economique, ou en Coree ou l'industrie automobile compte beaucoup sur le marche d'Asie Centrale.
Face a nous, jusqu a l invisible horizon, se dresse un desert pestilentiel. Entre lui et nous une rangee de bateaux abandonnes a meme le sable, laves de toute peinture par le sel evoluant avec le vent, semble attendre ici un improbable retour des eaux. Leur interminable attente s est cependant changee en agonie. Leur deliquescence physique les fait meme passer pour morts...
Ils ne sont desormais plus que l effrayant symbole de la folie communiste stalinienne.
Nous parcourons ce cimetiere nous brulant les pieds sur un sable desseche et incandescent, ecrasant des restes de coquillages blanchis par l indomptable soleil. La temperature est etouffante, le cadre est exsangue, l atmosphere est morbide.
La colere, l ebahissement, la terreur, se melent a ma jouissance ephemere. Je veux m abreuver de ce lieu mais je suis au coeur d une source empoisonnee. Miyuki tourne de l oeil. La prise de contact fut trop brusque, trop pleine, trop inique.
Nous decidons de repartir rapidement, abandonnant l idee de loger et meme de visiter ce village moribond. Nous voulons courir retrouver le confort amnesique de notre hotel.

Samedi: Musee des beaux-art Stavisky de Nukus. Collection impressionnante. L avant-garde Russe y est tres presente ( Echeistov, Le Dantu... ). Nous devons etre quatre visiteurs en tout.



Dimanche: Ce matin nous prenons l avion pour retourner a Tashkent a 11h45. C est un vol domestique, les controles de securites devraient donc etre moins long que lorsque l on sort ou rentre dans le pays (2 ou 3h a perdre selon l affluence). Nous arriverons donc seulement 30 min en avance pour l enregistrement.
A 8hoo nous degustons notre petit dejeuner ouzbec sur la terrasse ombragee du Jipek-Joli, notre hotel. Un repas principalement compose de pain (5 sortes differentes) et de the vert ouzbek, aigre mais desalterant. Miyuki fait rechauffer le curry en sachet 7/11 qu'elle a apporte de Tokyo. Nous finissons peu apres 9 heures, discutons avec le staff de l hotel puis partons visiter le bazar.
Jusqu a present je me demandais constamment ou se trouvait la population de cette eparse ville. Outre l avenue principale empruntee prealablement, les passages adjacents ne se comblaient jamais de presences villageoises rassurantes. Ces rues subtanciellement vides m'intriguaient beaucoup. Notre excurion matutinale fut revelatrice.
En nous approchant du bazar la concentration automobile se densifie. Les passants redoublent. La surprise est totale en arrivant devant les grilles du souk. Des milliers de personnes se pressent devant des centaines d etals de toutes sortes. Les marchands d ampoules, d epices, de vetements, de cordes, de copies de dvd de films russes improbables, de seaux, de fruits inconnus, de viandes depecees dans l instant, de the, de reves, se succedent et s'enchevetrent dans les plus belles arabesques bigarrees. Tout se vend et s achete ici, dans ce marche ouvert chaque jour. En effet, ici il n y a pas d entreprise, pas de societe, pas d homme d affaires en costume trois pieces. Le secteur tertiaire est ici un fantasme d economiste eleve aux reves occidentaux. C est l'Ouzbekistan. Le negoce est le moteur economique du pays. Tout le monde est donc toujours planque au bazar, recherchant de quoi s equiper ou de quoi fournir les paysans de villages plus recules.
Nous parcourons ce dedale serpentin enjoues par l entour. Nous n achetons rien, les plaisirs sensoriels sont notre satisfaction.
Retour a l hotel, court entretien avec le personnel anglophone de l hotel, echange de mails et de promesses illusoires, photos souvenirs et depart pour l aeroport.
Dans l avion, rien si ce n est l incessant ronflement des militaires lourdement armes a l arriere de l appareil, constante pour tous les vols internes...





















samedi 25 octobre 2008

Ouzbekistan, suite. Extraits de mon carnet de voyage



2ème jour, mer d'Aral:

Depart pour l ouest ouzbek, nous allons a la recherche de la plus grande catastrophe ecologique mondiale, le site desole de la mer d'Aral, tarie et oubliee. Nous avons decide de gagner Nukus puis prevoyons ensuite de rejoindre la region d'Aral en taxi, un trajet de quelques 200 km

Une heure trente depuis le décollage de Tashkent dans cet infernal coucou. Nous volons dans de filandreux nuages sans ombre qui nous rendent le paysage plus fantomatique qu'il ne doit l être. Le sol est jonche de plaques de sel étincelantes, abandonnées ici et la par une ultime marée. Le sol vu du ciel est ocre et brun clair. Les lacs de sel sont titanesques et noient la ligne d horizon sous un nacre pernicieux. Quelques routes transpercent le désert d une rectitude machinale et infinie. Les bateaux ou habitations tant recherchées sont invisible même pour le zoom de l appareil photo. Quelques taches sombres, mystérieuses parcellent le sol désole.
Plus nous avançons et plus le sel devient indivisible du paysage gangrené. Les plaques couvrent désormais environ 70% de mon espace visuel.
Un désert de sel oublie au sein d'un désert de sable, le blanc vénéneux au coeur du beige stérile, une vision horrible d'un paysage monstrueusement inoubliable.
Nous nous écartons de cette mer fantôme, nous reprenons le cap de Nukus ou nous devrons trouver un taxi assez intéressé pour nous accompagne dans un périple désertique de 400km...

Nukus:

Nous trouvons rapidement un taxi a l aéroport. Une cinquantaine bien tassée, tout en rides profondes comme creusées au couteau, les ray-ban bien ancrées sur un nez ébène. Il nous emmène dans un petit hôtel ou un jeune réceptionniste a la peau brûlée et a l'hospitalité débordante et ambitieuse, nous offre une chambre qui n a d'incroyable que le prix.
Il parle anglais.
Un déjeuner lestement avale et nous voici sur l énorme route qui doit nous emmener jusqu'à l'objet d'un de mes rêves orientaux.
Le ciel d'un bleu sable s'accompagne d un soleil féroce qui nous corrode désagréablement. La population locale, habituée, ne s en soucis pas et vaque allègrement a ses occupations mercantiles sous 45 brûlants degrés...
La route, réplique sureelle de celle décrite dans "Kim" par Kipling, relie Nukus a Mouinaku quelques 200 km plus loin. Entre ces deux villes un vide urbain et un océan de sable. Elle n en est cependant pas moins vivante, bouillonnante, mais aussi malsaine pour tout étranger a la peau trop sensible. Les Lada recouvrent le bitume de leurs ostentatoires décennies quand nous offrons aux autochtones la vision de notre taxi bourgeois, une Nexia. Les camions russes, les Moskvitch defoncees, les motos, les vélos, les piétons, tout le monde se mélange dans un bel imbroglio et participe aux fecondes vibrations de l avenue.
Au sortir de Nukus la route est longiligne comme dans un road movie texan, infinie comme le désert qui nous entoure. Elle est néanmoins bordée d'une nature éparse, principalement composée d'arbustes verts ou fauves, et de quelques arbres porteurs d ombres salvatrices pour les âmes errantes sur cette infernal chemin suite au pannes repetees de leurs bolides soviets.
Triste ersatz de l'ancienne route de la soie, nous ne croisons que deux grandes bifurcations prête a nous conduire vers d autre destinations de rêve: Une pour le splendide Kazakstan, une pour la mysterieuse Russie.
Plus tard c est une simple et seule ligne de chemin de fer que nous rencontrons. C est d après notre chauffeur l unique ligne du pays, directe pour Tashkent quelques 2500 km plus loin.
Deux heures et demie de route a 120km/h sur une chaussée défoncée, entourée de poteaux électriques en forme de croix, de crucifix, nous avons la sinistre impression d être accompagné dans ce sibyllin odyssée par la desolation et la mort.
Nous arrivons a Mouinaku, ancien port de la mer d'Aral, a 14h30 sous un soleil dévorant. Après la courte traversée de cet irréel village quasiment abandonné, nous arrivons en bout de route au vieux port désolé qui n est désormais plus rien d autre que la fin d 'un monde.
Nous escaladons une dernière colline et la s offre a nous le terrifiant panoramique d un impossible paysage crée par l'homme... (a suivre)